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Date de création : 16.06.2010
Dernière mise à jour : 01.08.2024
1173 articles


Les jardins d'Eden

Les jardins d'Eden

Résumé
Jip Sand est revenu de tout et surtout d'un sale cancer. Il est aussi revenu à Paradis, dans la ville et la maison de son enfance, pour se requinquer et retrouver sa fille, Annie dite Na, qui semble avoir disparu depuis plusieurs mois. Paradis, sa clinique privée, ses eaux thermales et ses Jardins d'Eden. Mais aussi Charapak, l'envers du décor, la casse des Manouches, et le corps à moitié dévoré de Manuella, l'amie de Na, retrouvé dans les bois quelques années plus tôt.
Ce que Jip n'a pas cherché à élucider à l'époque, il veut le comprendre aujourd'hui. Pour Na. Pour savoir ce qui lui est arrivé. Mais il y a des vérités plus mortelles que des-maladies...

...............................................................................................................................................................

Extrait;

1

L'été
Bien entendu tu es content d'être sorti du fracas. Sauf que tu en traînes toujours des lambeaux avec toi, que l'échappée prend son temps, la garce, qu'on dirait bien n'en avoir jamais vraiment fini avec elle, au fond.

 

La bécasse de l'accueil leva de ses mots fléchés un œil qu'elle figea sur lui, le laissant venir à elle dans l'entrebâillement de sa paupière, sans trembler d'un cil.

La porte à tambour antédiluvienne émettait toujours le même soupir hoquetant, au démarrage. Seuil franchi, il s'était retrouvé tout net une bonne poignée d'années en arrière. Coincé dans la grimace d'un autre présent.

— Salut, Jip, dit la bécasse.

Paulette. Pareille à elle-même, irrémédiablement inaltérée, femme tronc derrière son meuble, dans un de ses immuables pulls à col roulé plus ou moins lâches – seul accommodement aux saisons – qu'elle portait indifféremment par canicule et neige de décembre, clim ou pas clim. Et puis cette grimace traversière monomaniaque permanente qui donnait l'impression qu'elle soufflait à jet continu la fumée d'une cigarette par la commissure, que la cigarette coupable existât ou non. Un regard vaguement jauni et injecté sur les bords. Elle n'avait jamais été belle mais ne serait jamais moche.

— Alors t'es pas mort ? dit-elle avec ce qui devait être un clin d'œil et un sourire accompagnateur.

Sur un ton rauque aussi décharné que le fond de sa pensée enfouie.

— Tu vois, dit Jip.

Il eut un mouvement en avant, une esquisse, puis un recul aussi sec, du genre de quand on ne se souvient plus si on se fait la bise ou pas. Ça lui avait paru éventuellement possible une seconde. Une fraction.

Elle rafala, gueule en biais, du coin de sa lippe tordue qui souriait peut-être :

— Oui, je vois. T'as quand même une sale tête, si je peux me permettre, pas très vaillant, si ? T'es tiré d'affaire ? Je sais plus qui m'a parlé de toi, justement, il y a quelques jours, ou… je sais plus.

— Quelqu'un qui regrettait que je sois ?

Elle réfléchit d'un coup de sourcils froncés sous la marque du lion :

— Je peux pas dire… T'as pas changé, hein ? T'en es sorti mais t'es toujours dedans, on dirait.

Ce genre d'humour chevillé au corps et au cœur.

— Je peux le voir, le manitou ? s'enquit Jip.

Paulette accentua sa grimace en la tortillant latéralement, gauche / droite, un coup sec, et laissa tomber :

— Va savoir, mon beau.

— Savoir quoi ?

— S'il est là…

Jip s'appuya d'un coude au bois verni du comptoir, un sourcil connaisseur levé en arc de cercle, tirant de sa poche poitrine de blouson un paquet de cigarettes qui resta en suspens au bout du geste réprimé net par l'injonction de l'hôtesse-cerbère :

— On fume pas, ici, mon ami, t'as oublié ?

Tandis que pianotant sur les touches d'un clavier invisible sous l'avancée en pupitre de son cagibi, mâchouillant dans son micro-collier.

— C'est un revenant qui veut vous voir, boss.

Jip rempocha le paquet et nota incidemment le vouvoiement et le « boss » à l'américaine. C'était nouveau ?

— Sorry, miss, laissa-til tomber, dans le ton.

— Oui, oui, poursuivit Paulette dans sa pastille après un temps de silence suspendu. Oui… Non… Oui… Je sais pas. Oui. Oui. Oui. Non, non.

— Dis-lui que je viens en paix. Que j'agite un drapeau blanc.

Elle affûta comme jamais son regard professionnel traversant Jip qui ne présentait alors pas plus de consistance et d'opacité qu'une gelée de fromage de tête.

— Oui, oui. Non, non… Sand, c'est cela, oui, vous avez du flair, boss. Non, non. Oui.

Elle raccrocha d'un balayement de ses mains cachées et retira un des écouteurs de son oreille gauche, enfouie sous sa tignasse d'incendie.

— Quel drapeau blanc ? dit-elle.

— Oublie, ma grande.

Paulette ferma un œil et ce qui subsistait de son regard devint terriblement circonspect.

— Tu peux y aller, lâcha-telle comme une forme de long pet buccal.

— Parle-moi d'un flair, dit Jip en ressortant le paquet de Winston de sa poche. Je l'ai appelé il n'y a pas une heure…

— Ça m'étonnerait, mon gamin.

— Étonne-toi, belle enfant.

Il tourna les talons, s'éloigna de ce qu'ils appelaient, lui et quelques vieux de la vieille, la « caginotte » de l'accueil, planta une cigarette au coin de ses lèvres exsangues de convalescent.

Le hall embaumait la soupe de légumes, le velouté de pois cassés, allez savoir pourquoi. Ou bien était-ce une odeur trimballée depuis Dieu sait où et quand par les capteurs olfactifs de Jip Sand ? Allez savoir pourquoi. Allez savoir depuis quand, de quelle source enfouie au fond des labyrinthes blancs, sous les néons tranchés comme des coups de rasoir, dans les échos crépitants de cavalcades éternellement répétées…

La lumière jaunie papillonnait, tombée en virevoltes d'autres néons d'un autre âge. Il y avait sous l'unique fenêtre haute un banc de hêtre vieux à l'assise de cuir craquelé qui gardait l'empreinte en trois creux de tous les postérieurs qui avaient fait escale ici depuis sans doute un siècle, probablement à la création du journal, une sorte d'éternité, attendant leur tour de se lever dans un petit crissement du cuir définitivement toujours ancien. Pour l'heure, sur la banquette, une jeune personne en court short de jean et aux cuisses bronzées agréablement fuselées élargies dans leur épaisseur aux points de contact avec le siège, tongs, t-shirt flottant vaillamment échancré et rebondi de part et d'autre de la vallée, aux cheveux de cirage noir pratiquement ras, le nez plongé vers un iPhone sur lequel elle pianotait en virtuose des deux pouces. Au passage de Jip elle laissa glisser, détachée, sans lever les yeux de son concerto :

— J'en connais qui vont se faire engueuler.

Jip lui jeta une œillade, pour s'assurer qu'elle n'était pas de ses connaissances, ni anté ni postcataclysmique – en tout cas ne s'en souvenait pas, si l'éventualité d'un souvenir possible s'était posée.

— Pas de certitude hâtive, dit-il, je n'ai encore rien fait.

Elle leva vers lui un sourcil étonné à l'instant où il frappait deux coups brefs sur la pancarte GRAND EST - RÉDACTION collée au centre de la porte massive peinte en trompe-l'œil de chêne roux – d'un autre âge, comme tout le reste du monde, à l'exception de la gamine et du short de la gamine. Sans attendre quelque éventuelle invitation qui lui serait parvenue à travers l'huis à pousser la porte et entrer, il poussa la porte et entra.

La referma derrière lui.

La pièce n'était pas particulièrement vaste, les cinq ou six personnes qui l'occupaient, hommes et femmes apparemment à parts égales, donnaient pourtant, ou justement, l'impression d'être deux fois plus nombreux.

— Bonjour jeunes gens, jeta Jip.

Il se fit un temps de silence dans une ou deux conversations interrompues, sur tous les regards tournés vers lui, avant que les visages s'éclairent, que s'épanouissent (plus ou moins) quelques sourires. Pas une seule tête nouvelle, à première vue. Ni de changement notoire dans la distribution des bureaux et meubles, d'après ce qu'il s'en souvenait. « Wouah ! » s'exclama Clara, qui paraissait franchement contente en découvrant tout le panoramique de sa denture XXL, et se leva de son bureau et vint vers lui et dit : « Jip ! Eh ben alors ? » et lui posa d'autorité une bise sur chaque joue, et Jip dit : « Eh ben oui, ma grande ! » et il serra la main du gros J.P. GrandJean qui lui aussi s'était approché et glissa sous sa moustache de moustachu quelque chose comme : « Alors te v'là rev'nu, toi ? », et Jip dit : « Moi, oui » et il poursuivit son chemin par l'allée centrale qui séparait les box de verre jusqu'au fond, vers les verrières dépolies et la machine à café et Tourne-Cul qui se restaurait gaillardement de tranches de terrine aux trois poivres piquées de son Laguiole, debout devant et à même le frigo grand ouvert.

Le roquet Tourne-Cul. Il porta à sa bouche la becquée de terrine.

— Merde alors, mâchonna-til, je te croyais foutu ! Le revoilà !

— Mais je t'emmerde, mon petit bonhomme, lui sourit Jip. Ferme cette porte, tu vas te ramasser une pneumonie de couilles.

— Le grand con 2, le retour !

Une des filles dans la salle laissa fuser trois notes de rire.

— C'est ce qui m'a manqué le plus, dit Jip. Cette atmosphère de saine camaraderie…

Il frappa à la porte vitrée RÉDACTION, sous le nom de Tournon, et entra.

— … toutes espèces confondues.

Le gloussement grinçant de Tourne-Cul fiché dans une oreille le temps de refermer la porte.

Le rédac chef se tenait derrière son bureau, au centre de la petite pièce, dos à la fenêtre, entre un mur de classeurs en pagaille et un autre d'étagères surchargées de toutes sortes de tout, livres et paperasses, et un espace dépourvu de rayonnages tapissé de posters. Il faisait face à la porte. Vous attendait dans son fauteuil de président de quelque chose, comme prêt à bondir, coudes au bureau.

 

trois minutes, dit-il.

— Tourne-Cul me cherche. Alors que je suis pas là depuis trois minutes, comme je me disais. Bonjour monsieur le rédacteur.

— Salut Jip.

— En chef, dit Jip.

Il considéra le siège du visiteur face au bureau, s'appuya au dossier des deux mains et ils restèrent un moment plutôt long ainsi, à se regarder, face à face, Joël de Tournon et lui, Jean-Pierre Sand. Un regard partagé, sans animosité ni sympathie excessive.

Le massif accoudé sur le grand sous-main du bureau, dans sa chemise bleue tendue aux épaules, son petit gilet sans manches et la chaîne de montre début XXe qui lui barrait le haut du bide. Face au grand machin voûté pas plus épais qu'un coup de trique et que l'épreuve chirurgicale des derniers mois, avec son corollaire pathologique global, n'avait pas aidé au rebouchage des creux et excavations de sa silhouette, les yeux cernés de sombre, le cheveu définitivement et uniformément gris, la barbe de plusieurs jours, les dents encore en place laquées à la nicotine… Quelques secondes suffisantes pour comprendre que certainement le combat n'était pas, ne serait pas, équitable. Sans que les physiques opposés fussent seuls, dans l'affrontement, à marquer des points.

— Alors ? dit Jip. Je commence par où ?

— Comment tu vas ? renifla de Tournon, se redressant comme si ses avant-bras s'allongeaient, les muscles de ses épaules roulés en boule sous la chemise.

Jip hocha la tête de côté. Il retira du coin de ses lèvres la cigarette que la moue approbatrice avait fait tressauter, la tourna, la roula entre pouce et index à hauteur de son visage en la considérant d'un œil intéressé.

— Ça a failli, dit-il.

— Il me semble, oui. Tu as eu de la veine. On est contents pour toi.

— Sans blague.

— Évidemment, dit le rédacteur en chef. De la veine c'est pas peu dire. Faut quand même bien avouer que tu étais plutôt dans un sale… dans un mauvais état, en gros. Moi, quand on m'a dit, je te voyais pas sortir de là autrement que les pieds devant.

— Comme quoi, hein…

— Franchement, Jip. Tu peux pas m'en vouloir de te dire ça, de penser ça.

Jip faisait rouler la cigarette entre ses doigts.

— Mais je ne t'en veux pas, Joël. Évidemment, je ne t'en veux pas un poil. Je bois plus.

— Parfait, Jip.

— Plus une goutte.

— Parfait. Si tu le dis…

— Je le dis parce que c'est vrai. Parce que je pense que c'est vrai.

— Parfait, Jip. La plupart des gens ne reviennent pas de ce genre de kermesse. Tu le sais.

Kermesse…

— Beaucoup, oui, je sais. Mais pas la plupart. C'est dépassé, ce temps-là de la plupart. Beaucoup s'en sortent, maintenant, contrairement à ce qu'on croit. Ça dépend du secteur qui est atteint. Ils m'ont enlevé la bonne tranche. Les bons morceaux. Ça va.

De Tournon décolla ses coudes du bureau et poussa sur ses pieds et recula d'un bon mètre assis dans son fauteuil à roulettes.

— Quand même, dit-il avec une grimace de la lippe qui pouvait passer pour une manière de félicitations. T'as combien de pièces neuves, maintenant ?

Il indiqua d'un mouvement de menton la cigarette que Jip tenait entre deux doigts :

— Tu cherches à ce qu'ils te changent les poumons, aussi ?

Jip regarda la cigarette et la fit rouler un petit coup et la pinça entre ses lèvres.

— On fume pas dans les bureaux, dit de Tournon.

Jip dit (la cigarette tremblota au rythme des paroles) :

— Je suis en train de me demander si c'était pas une très mauvaise idée de venir ici. En fait je ne me demande même pas, je me réponds. On va laisser tomber, d'accord ? Désolé de t'avoir dérangé dans ton boulot harassant, Joël. Et bonjour chez toi quand tu y seras.

En vérité, il s'était demandé depuis le matin, et même depuis la veille et une partie de sa nuit d'insomnie, depuis qu'il avait eu cette idée et pris la décision de retourner au Grand Est, comment et par quel bout il allait aborder le sujet. Il avait mentalement esquissé plusieurs pistes, rejetées ou oubliées aussi vite qu'elles lui venaient, pour finalement se garder la disponibilité d'un grand vide… et en arriver là, en cet instant, à l'évidente certitude qu'il eût mieux fait de quitter la ville ce matin et filer en droite ligne jusqu'à Paradis et sa maison sans ce crochet finalement imbécile par le journal, dans cette autre ville qu'il avait mis plusieurs dizaines d'années à méticuleusement détester. Et revoir toutes ces têtes comme autant de boulets attachés aux fers de souvenirs qui baignaient uniformément dans une mer de fiel.

Conneries. Qu'est-ce que tu attends, Jip, malheureux ?

— Te fous pas de moi, Jip, grinça le rédac chef, renversé dans son fauteuil, mains croisées sur son bide et jouant de deux doigts avec une chevalière mastoc passée à l'annulaire droit. Accouche donc.

arier sur pourquoi t'es là.

— Tu paries ?

— C'est non, Jip.

— Vous avez laissé tomber, c'est ça ? Affaire classée, bien entendu.

— Et pourquoi, « bien entendu » ? grinça de Tournon.

Il se leva brusquement, voire violemment. Son fauteuil roula derrière lui jusqu'au radiateur bas en fonte, sous la fenêtre. Immense et massif. Un frisson traversa Jip de haut en bas, au souvenir soudain de cette empoignade, jadis, à l'autre bout du temps, qu'il avait généreusement provoquée et dont il était sorti dessoulé net, la tête vrombissante et la prothèse dentaire voilée…

— Il y a eu enquête, et si tu veux savoir, rien ne permet de dire que l'affaire est classée, comme tu le supposes, si toutefois « affaire » il y a, et je ne vois pas laquelle. On a retrouvé cette gosse dans les ronces des forêts pourries de ton bled de sauvages, dans l'état que tu sais, victime d'on ne saura jamais qui, probablement d'un ou plusieurs de ces tordus qui hantent ces contrées, ces trous du cul du monde civilisé dont tu es un produit représentatif échappé. Ne recommence pas, Jip. Ne reviens pas me faire chier avec ça, à peine ressuscité des morts-vivants. Parce que c'est bien de ça qu'il s'agit, pas vrai ?

— Je mentirais si je prétendais le contraire.

Jip remit la cigarette entre ses lèvres, tira un Zippo de sa poche et en fit claquer le couvercle et porta la flamme à hauteur de la Winston et tira une bouffée.

— Sors d'ici, Jip.

— D'accord. J'en conclus que non, alors.

— Je t'ai foutu à la porte une fois, Jip. Ou bien tu es parti sans qu'on te pousse, je sais même plus, tu as osé te repointer en prétendant à une retraite ou des indemnités, on n'a jamais réglé ce problème, si c'en est un. T'es revenu une ou deux fois faire du scandale en gueulant des menaces et suant le pinard. C'était plus facile de discuter avec un de ces chiens bâtards borgnes de tes Hauts qu'avec toi. C'est toi, en plus, qui as fini par nous envoyer paître en nous annonçant que tu passais au niveau supérieur, au Hauts de France, et qu'on allait voir ce qu'on allait voir. On a vu quoi ? À part que déjà tu roulais plus dans les rails. Que ça commençait à urger, qu'on t'interne.

Jip souffla un mince filet de fumée.

— On m'a pas interné. Je suis tombé malade, nuance. Et pas qu'un peu.

— On t'a vu prendre un abonnement à l'hosto, voilà ce qu'on a vu. Aux frais du contribuable et de la sécu, comme c'est la règle avec les taches dans ton genre. Et putain, ils se sont débrouillés pour te sauver la vie ! Et deux fois de suite, en plus ! On aurait pu être tranquilles, mais non. Et puis tu reviens dans mes pattes et tu remets ça, à peine vertical ? Et je ne sais même pas pourquoi je discute avec toi, parce que le vertical c'était pas le plus important à rectifier.

De Tournon fit le tour du bureau et avança vers Jip, le bras tendu, le doigt pointé vers la porte. Il s'arrêta à trois pas. Attendit, le regard noir étrangement posé.

— Dans tous mes scénarios, quand j'imaginais le moment, j'avais pas prévu que tu perdrais tes boulons à ce point, dit Jip.

De Tournon hoqueta.

— Parce que c'est moi qui perds mes boulons… Tu veux une baffe, maintenant, pour te faire décoller plus vite ?

— Et tu sais ce que ça te coûterait, de porter la main sur un convalescent double handicapé ? Je suis pas saoul pour la moitié d'un rond, je bois plus, je suis en train de me refaire une santé, aussi bien physique que mentale, comme t'as l'air d'en douter, avec tes insinuations. Je sais à peine de quoi tu parles quand tu me dévides ce chapelet d'accusations calomnieuses. Tu sais ce que ça coûterait si je portais plainte ? Cinq ans, 50 000 balles… Je venais juste te demander de reprendre mon boulot. Parce que je peux le faire, j'en suis capable.

— Ah oui ? Et tu ne travailles plus pour les autres des Hauts ? Comment ça se fait ? Dégage, Jip. Allez. Ne m'énerve pas.

— Y a personne au monde de moins énervant que moi, en ce moment et dans ton foutu bureau de rédacteur en chef, chef.

— Dégage, Jip, ou ça va finir dans les dérapages incontrôlés.

De Tournon baissa le bras mais fit un autre pas. Il avait une respiration de buffle. Une haleine assortie. La fumée de la cigarette de Jip voleta dans une autre direction sous le courant de son souffle.

— D'accord, chef. Je prends note.

— Dégage.

— Je prends note. Mais c'est con pour toi, Joël. Tu passes à côté de quelque chose, dit Jip.

Il étouffa un hoquet de toux derrière sa main et recula vers la porte.

 

Quelquefois, tu vois, tu en arrives à te dire que c'était mieux quand tu étais mort. Au moins, déjà, tu ne te souviens pas, et quand d'aventure tu te retrouves pour une pause au bord du chemin, tu peux toujours douter, ne pas te faire confiance à la lettre, estimer que ce n'est probablement pas véritablement toi.

....................................................;

2

Et quand tu en es arrivé là, tu penses très fort : qu'ils aillent tous se faire foutre. Le plus fort possible. Dents serrées. Et tu te dis que plus tu le penseras fort, plus il y aura de chances que le vœu se réalise. Que sur un putain de coup de putain de baguette magique ça devienne la réalité. Comme dans ces livres d'histoires pour les petits, dont il faut colorier les illustrations « sans dépasser les bords », ce genre de livre que Na prenait un malin plaisir à torcher n'importe comment, dans tous les sens, et qu'une fois son forfait accompli elle soumettait à votre jugement avec, déjà, ce sourire arrogant qu'elle avait su grappiller aux lèvres de sa mère.

Sauf que ça ne marche jamais comme dans les histoires éclaboussées de couleurs confondues.

Ils ne se font jamais foutre et au bout du compte c'est toi qui te ramasses le retour de flamme. Ma parole.

 

C'était un pays en longueur, d'une certaine façon, dessinant, avec ses deux vallées que séparait un embrouillamini confus de collines et de coteaux boisés et de tertres broussailleux, une sorte de fourche à deux dents.

Un pays sur lequel était tombée au hasard du bord du monde, à une époque enfouie, une pluie de noms bizarres, qualifiés de propres, pas vraiment faits pour l'endroit, patronymes plutôt mal assortis, ne fût-ce que, pour commencer : Paradis – tel un couvre-chef pour le moins cocasse affublant le village.

Paradis…

Mais non seulement.

La vallée majeure, qui suivait l'ample courbe de la rivière sur les rives de laquelle s'éparpillaient la plupart des foyers de l'agglomération, de part et d'autre du tracé de la route déroulée jumelant le cours d'eau, s'énonçait « vallée de la rivière ».

L'autre dent de la fourche – une entaille mal fichue d'une demi-douzaine de kilomètres qui finissait en cul-de-sac marécageux et hérissé d'un étonnant fouillis de halliers, traversé par les méandres incertains d'un bras jumeau de la rivière que des pointilleux, se fondant sur son débit moyen au fil des saisons, prétendaient être le cours principal – avait été baptisée « Charapak », depuis (et forcément avant) la première nomination du lieu sur une carte, au XVe siècle, et les historiens géographes amateurs ou professionnels qui s'étaient penchés sur l'origine de ce nom, qui l'avaient abreuvé de savantes interprétations étymologiques assaisonnées de grec, de latin, d'ancien et moyen français, plus quelques ébouriffements patois de toutes les vallées à cent lieues à la ronde, ne se comptaient plus. Des farfelus sans peur ni reproche allaient même jusqu'à référencer une troupe d'Iroquoiens du Nouveau Monde tombés là au fil de Dieu sait quelles avanies et qui auraient sévi dans les bois un temps avant de se faire chasser et décimer par des autochtones encore plus ombrageux qu'eux – le mystère de leur apparition comme celui de leur disparition demeuraient, mais on aimait croire à leur histoire. Charapak.

En vérité, Charapak, dont on n'apercevait rien depuis la grande vallée de la rivière que la barre d'éminences et tertres forestiers, caché scrupuleusement aux regards, dont on n'aurait au grand jamais soupçonné l'existence, n'eût été le panneau signalisateur, là-bas, à l'entrée du bourg, sous ses dehors d'enclave en retrait, se trouvait être paradoxalement sans doute mais bel et bien le cœur battant du village, des plus bouillonnants et sanguins qui soient. L'âme du lieu – pourrait-on dire aussi… Une âme pour le moins mécréante, dans le plus haut de ses palpitations, mais disons-le…

Charapak avait vu s'implanter dans ses heures de gloire et sur le flanc droit de son goulet, en bordure de l'Agnelle, les tissages et filatures Floriot, au mitan du XIXe siècle, dont ne subsistait plus désormais que la friche industrielle, hauts murs gris galeux, innombrables fenêtres noires aux carreaux brisés, toiture en dents de scie, vertigineuse cheminée de briques rousses, après quelques tentatives de reprises et installations diverses suivant le silence des Sulzer. Les cités ouvrières qui avaient abrité les troupeaux successifs des familles de tisserands ayant vécu du coton, leurs enfants et petits-enfants après eux, étaient toujours debout, comme une garde montée inébranlable de part et d'autre de la route et de la rivière, à la fourche ouverte des deux vallées presque jumelles. Elles avaient toutes été rachetées par la descendance torrentueuse ouvrière reconvertie en d'autres formes soft d'esclavages dégagées, certes, dans leur modernité, des lourdes ombres de l'ancestral paternalisme. Les gens travaillaient ailleurs, plus souvent dans d'autres vallées, d'autres villes, de ce côté-ci des montagnes ou de ce côté-là.

D'autres ruines, dressées, avant que d'en être devenues, sur l'époque de ses splendeurs, surplombaient le flanc nord de Charapak, pareillement à l'abandon depuis des lustres : les vestiges des établissements thermaux surgis de la montagne, à la suite de certaines sources capturées et exploitées dès  lbienfaits radioactifs de leurs eaux bicarbonatées, arsenicales, ferrugineuses et gazeuses ».

C'était de notoriété qu'en d'autres belles époques Marie Duplessis comme Sarah Newton en avaient été buveuses, sur recommandations médicales… On continuait de s'en faire une gloire parmi ceux qui connaissaient l'Histoire et rêvaient, pourquoi pas, d'une réhabilitation de l'endroit dans ce sens-là, conservant pieusement articles de presse, photos et publicités de ces temps effacés, continuant d'entretenir dans un minimum de toilettage les quatre sources disséminées sur les pentes montagneuses, aux filets desquelles les vaches de jadis, les vraies découvreuses, avaient préféré boire plutôt que laper au cours de la rivière. Les Eaux de Paradis.

Qui sait, les gens qui réagissent par la défensive aux traits d'une fanfaronnade jugée un peu trop appuyée n'avaient-ils pas apprécié cette raison sociale publicitaire à la définition pourtant on ne peut plus limpide, dans tous les sens du terme.

L'opération commerciale n'avait pas donné les résultats escomptés, au reproche principal que les fameuses eaux ne tenaient pas leurs promesses, menteuses, et que leurs vertus proclamées s'effondraient sur elles-mêmes et ne résistaient pas à l'incarcération de la mise en bouteilles. Le groupe de ces bâtiments-là émergeait toujours des hauteurs bouclant le cul-de-sac, le temps et l'abandon semblaient sans véritable emprise sur les murs couverts de lierre, les toitures de tuiles céramiques colorées parfaitement inhabituelles pour la région, les hautes fenêtres aux volets clos que personne n'avait jamais eu l'idée de venir briser ou voler, les mosaïques des anciennes salles de cure que personne n'avait descellées et sur les paysages fanés desquelles des vagabonds de passage, des ivrognes en goguette, des jeunes en apprentissage de bringues sauvages s'étaient contentés de signer leur présence d'étrons quasiment rituels, pratiquement dépourvus de conviction, qui séchaient sans odeur et finissaient par disparaître dans les entrailles de saisons fraîches, au fil des brouillards fouineurs.

Bien sûr les rangées de robinets alignés au-dessus des vasques turquoise avaient été dévastées : le respect des vieilles pierres ne s'érige pas sans un minimum, une once de vandalisme.

On disait toujours les maisons des Eaux.

D'aucuns tels que les célèbres jumeaux Touetti des Jardins d'Éden prétendaient remettre l'antique thermalisme en fonction. Ils n'étaient pas les seuls, Titi Angolf le premier – en l'occurrence le second. Et même on avait vu en surgir d'autres, venus d'ailleurs, pour ne pas dire de nulle part.

Mais Charapak n'eût pas été totalement Charapak sans le camping, ses bungalows forestiers attenants et le Château en fond de val, gardien de pierres à tourelle rococo et toiture d'ardoises grises.

Puis – au-delà d'une frontière enfouie sans autre marquage particulier que cette lourdeur soudaine qui vous pesait aux épaules, et comme si un souffle accompagnateur humide s'élevait de quelque part, un courant d'air cardé en soupir, franchie quelque limite suspendue dans les feuilles et le pas devenu bizarrement silencieux sur la terre battue du sentier balayé de toute pierre –, dans la clairière enfouie au cœur des profondeurs, en bout du long couloir étroit de Charapak : le campement, le casse, le bas hameau.

La verrue. Ou la plaie.

L'autre monde.

L'automne, avant
C'était la première fois que Jip revenait à la maison en compagnie de Céline – il en était à peu près certain, il avait fallu qu'il se brasse la tête pour s'en persuader : c'était un peu la pagaille, aux étages, dans ses neurones, depuis quelque temps – non seulement un peu mais de plus en plus. Et pas que la faute à l'alcool.

L'automne prenait une drôle de tournure, en ville, là-haut, comme ici, apparemment. L'été avait été intégralement pourri, le mois d'août particulièrement. Les jours avaient commencé de s'ébrouer et retrouvé une forme séante de vie ensoleillée en septembre. Progressivement. Et puis ça s'était emballé (la « drôle de tournure »), avait pris de la vitesse, jusqu'au déraillement complet. À quelques portées de soirs d'octobre, la région tout entière crevait de chaud jour et nuit, sous les effets d'une espèce de canicule retardataire bricolée à la va-vite.

Il n'était pas 18 heures et le ciel posé en équilibre menaçant sur les montagnes était d'un bleu noirci plus opaque et dangereux qu'une véritable couverture nocturne. Des fissures mouvantes palpitaient sur les horizons bossués du sud-est, comme des fractures de reflets qui roulaient et s'enchevêtraient dans la masse des remous. La sombreur était graduellement montée des crêtes et s'était répandue, avait envahi, dans un silence de plus en plus assourdi qui avait aplati tous les autres bruissements de cette mue d'été défroqué. Même les crissements d'insectes levés des prés bordant la route, et que l'on pouvait ordinairement percevoir par la vitre baissée de la portière, s'étaient trouvés effacés.

Il y avait peu de circulation. Le paysage semblait désert, les gens fort peu nombreux, sur les trottoirs ou devant les portes des maisons,

dans les rues des villages traversés, comme si la menace céleste avait fait fuir les populaces et les individus.

À l'entrée de Paradis, sous le panneau indicateur, ils virent un chien blanc et noir frisé assis sur le rebord du fossé, visiblement sans collier ni personne qui l'eût accompagné à plusieurs dizaines de mètres à la ronde, et Céline dit : Ce chien va se faire écraser. Quel chien ? demanda Jip dans un sursaut qui l'extirpa une fraction de seconde de sa somnolence. Ce chien au bord de la route, dit Céline, et Jip dit : J'ai pas vu de chien, où ça, le chien ? et Céline ne répondit pas. C'étaient les premiers mots qu'ils échangeaient depuis plus d'une heure, depuis leur départ de la Ville, ceux qu'ils n'avaient pas échangés cent, mille fois plus nombreux et pesants. À présent, depuis quelques instants, des éclairs furtifs éclaboussaient de zébrures étouffées le ventre bourrelé des nuées.

Céline conduisait une main sur le haut du volant, l'autre coude à la portière. Le courant d'air faisait danser les boucles sur son front et les mèches de la courte queue-de-cheval qu'elle s'était nouée à la va-vite, sans être parvenue à sécher totalement l'emperlée de sueur dorée dans le creux de son cou. Les verres des lunettes de soleil lui mangeaient presque entièrement le haut du visage, laissant pointer entre eux l'extrémité d'un nez verni en coup de soleil rouge.

Jip tira une cigarette d'un paquet cartonné dans la poche poitrine de son blouson et la fit rouler entre pouce et index.

— J'aurais pu conduire, dit-il. On arrive.

— Sûr, dit Céline. Je vais où, maintenant ?

Jip dit qu'il allait prendre le volant et ils s'arrêtèrent au premier accotement venu qui leur permettait la manœuvre, avant le pont jeté sur la rivière et le panneau de signalisation en ciment à l'entrée sud de Paradis, et Jip descendit de voiture et déplia son long corps maigre et s'étira en faisant des bruits de gorge et ils échangèrent leur place dans la voiture et Jip dit « Allez, tu vas voir ça ! » puis il parut se souvenir de la réelle raison de sa présence ici et son visage pâle dans la lumière plombée se ternit en même temps qu'une grimace contrariée s'y inscrivait.

Il redémarra un peu rudement et ils se retrouvèrent derrière un transporteur de bouteilles de gaz qu'ils suivirent, au pas, durant toute la traversée du village, tandis que Jip râlait contre les émanations d'échappement. À la sortie en direction du col, ils laissèrent filer le camion puant et prirent à gauche la route plus étroite qui s'engageait dans la vallée voisine de Charapak.

Le ciel avait maintenant des teintes de gouffre suspendu à la renverse au-dessus des têtes, avec des moirures de bronze verdâtres dans l'énorme cavalcade ralentie, d'une pesanteur sans pareille que l'on sentait prête à crever à tout instant.

Jip, dents serrées, sa cigarette non allumée tressautant au coin des lèvres à chaque crispation des mâchoires. Le regard fixe.

Céline, qui n'était venue là qu'une fois, pour l'enterrement, des années auparavant et alors qu'elle ne connaissait pas vraiment, ou à peine, Jip, qui probablement, et qui, à sa mine, ne se souvenait plus des lieux, ouvrait de grands yeux derrière ses lunettes de soleil noires.

Le tunnel devant eux ouvert sur Charapak entre les arbres bordant la route était d'une noirceur absolue, comme tranché sur la nuit descendue d'un coup juste là, alors que le véritable soir se traînait encore loin derrière. De la sueur perlait au front de Jip, coulait dans ses yeux qu'il clignait régulièrement, avec force grimaces, pour chasser les gouttelettes chatouilleuses.

Ils longèrent l'alignement des anciennes cités ouvrières attachées au tissage de Charapak. Des gens devant certaines des maisons, des hommes en t-shirts colorés ou blanc éblouissant dans la mauvaise pénombre dégringolée s'immobilisèrent dans leurs occupations pour regarder passer la voiture rouge. Des enfants à moitié nus sur des vélos hystériques bondissants jouaient entre les maisons dans des nuages ras de poussière.

Laissèrent sur leur droite les anciens bâtiments et la haute cheminée des tissages fantômes. Puis Jip marmonna ce qui semblait un « Voilà » dans un soupir râpeux du fond de la gorge et tout en allumant ses phares, traversant la route, et la maison apparut, en bout d'une contre-allée derrière la haie de hêtres, lactescente, éblouissante, dans l'orbe double de lumière.

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Bio:

Pierre Pelot, de son vrai nom Pierre Grosdemange, né le 13 novembre 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges, est un écrivain français. Il est extrêmement prolifique, on lui attribue près de 200 titres. Il écrit également sous les pseudonymes de Pierre Suragne (pseudonyme imposé par le Fleuve noir de 1972 à 1980) et Pierre Carbonari (seulement pour quelques nouvelles).

 

Œuvres


Romans de science-fiction
Une autre terre Coll. "Jeunesse Poche-Anticipation n° 18", Ėd. de l'Amitié, Ill. Claude Auclair, 1972.
L'Île aux enragés Coll. "Jeunesse Poche-Anticipation n° 28", Éd. de l'Amitié, Ill. Claude Auclair, 1973. (Suite de Une autre terre)
Les Légendes de terre Coll. "Olympic"", Ėditions G.P., Ill. Jean Retailleau, 1973.
Le Pays des rivières sans nom Coll. Spirale, Ėditions G.P., Ill. Jacques Pecnard, 1973.
Les Barreaux de l'Eden J'ai Lu n° 728, Ill. Wojtek Siudmak, 1977.
Fœtus-Party Coll. Présence du futur n° 225, Denoël, Ill. Stéphane Dumont, 1977.
Le Sourire des crabes Coll. "Science-Fiction n° 5003", Presses-Pocket, Ill.Wojtek Siudmak, 1977.
Transit Coll. "Ailleurs et Demain", Robert Laffont, 1977.
Delirium Circus J'ai Lu n° 773, Ill. Tibor Csernus, 1977.
Canyon Street Coll. Présence du futur n° 265, Denoël, Ill. Stéphane Dumont, 1978.
Le Sommeil du chien Coll. "Ici & Maintenant"", Kesselring, 1978. Nouvelle édition : "Science-fiction" n° 5166, Presses-Pocket, Ill. Wojtek Siudmak, 1983.
La Rage dans le troupeau Coll. "Science-Fiction n° 5060", Presses-Pocket, Ill.Wojtek Siudmak, 1979.
La Guerre olympique Coll. Présence du futur n° 297, Denoël, Ill. Stéphane Dumont, 1980. Réimpressions : 1994 (Ill. Michel Borderie et 1999 (Ill.Caza).
Parabellum tango J'ai Lu n° 1048, Ill. Caza, 1980.
Le Ciel bleu d'Irockee Coll. "Science-Fiction n° 5072", Presses-Pocket, Ill.Wojtek Siudmak, 1980.
Kid Jésus J'ai Lu n° 1140, Ill. Caza, 1980.
Les Îles du vacarme Coll. "Science-Fiction n° 5096", Presses-Pocket, Ill.Wojtek Siudmak, 1981.
Les Pieds dans la tête Coll. "Dimensions SF.", Calmann-Lévy, 1982.
Nos armes sont de miel, (éd. J'ai lu n° 1305, 1982, no 1305 (ISBN 9782277213055))
Mourir au hasard Coll. Présence du futur n° 339, Denoël, Ill. Stéphane Dumont, 1982.
La Foudre au ralenti J'ai Lu n° 1564, Ill. Boris, 1983.
Fou dans la tête de Nazi Jones, Belladone et compagnie, Coll. Anticipation, Fleuve noir, 1986.
La Nuit du Sagittaire Coll. "Science-Fiction n° 5338", Presses-Pocket, Ill.Wojtek Siudmak, 1990.
Messager des tempêtes lointaines Coll. Présence du futur n° 566, Denoël, Ill. Caza, 1996.
Romans fantastiques
Blues pour Julie Coll. "Espaces Mondes"", éd. Ponte Mirone, 1980.
Une jeune fille au sourire fragile Coll. "Science-Fiction n° 6", éd. Patrick Siry, 1988.
Une autre saison comme le printemps Coll. "Présences", Denoël, 1994 ; réédition Héloïse d'Ormesson, 2016.
La Fille de la Hache-Croix Coll. "Les Fantastiques", Magnard Jeunesse, 1998. Ill.
Mystère
Le Chant de l’homme mort, Mathieu Garden, Tome 1, Fleuve noir, 1995
Les Pirates du Graal, Mathieu Garden, Tome 2, Fleuve Noir, 1998
Policiers, romans noirs, thrillers...
La Forêt muette Coll. "Sanguine", Albin Michel, 1982.
Pauvres zhéros Coll "Engrenage", Fleuve noir, 1982. (Adaptation et dessins de Baru pour une bande dessinée parue chez Casterman et Payot/Rivages en 2008)
La Nuit sur terre Coll "Sueurs froides", Denoël, 1983.
Le Cri du prisonnier Coll "Engrenage", Fleuve noir, 1983.
Noires racines Coll "Sueurs froides", Denoël, 1985.
Roman toc, Fleuve Noir, coll. Spécial Police n° 1952, 1985.
L'Heure d'hiver, Fleuve Noir, coll. Spécial Police n° 1956, 1985.
Le méchant qui danse, Fleuve Noir, coll. Spécial Police n° 1964, 1985.
Natural killer Vertiges Publications, 1985. (Nouvelle édition revue : "Rivages-noir", Rivages, 2000.)
Le Bonheur des sardines Coll "Sueurs froides", Denoël, 1993.
Purgatoire Fleuve noir, 1986, coll. Gore n° 34.
Aux chiens écrasés Fleuve noir, coll. Gore n° 59. 1986.
Le Jour de l'enfant tueur, Coll. Points n° 653, Seuil, 1999. (Le Livre de Ahorn-1) (Préhistoire)
L'Ombre de la louve, Coll. Points n° 718, Seuil, 2000. (Le Livre de Ahorn-2) (Préhistoire)
Les Chiens qui traversent la nuit "Rivages/Noir", Rivages, 2003.
Les Jardins d'Eden Gallimard, Série noire, 2021.
Romans de littérature générale
Elle qui ne sait pas dire je Éditions Plon, Ill. Jérôme Lo Monaco, 1987. (Nouvelle édition revue : Éd. Héloïse d'Ormesson. 2014)
Si loin de Caïn Coll. "Rue Racine", Flammarion, 1988.
Ce soir, les souris sont bleues Éditions Denoël, Ill. Mark Rothko, 1993.
Les Caïmans sont des gens comme les autres Éditions Denoël, 1996.
C' est ainsi que les hommes vivent Éditions Denoël, 2003. Nouvelle édition, avec une préface de Jean-Christophe Rufin : Presses de la Cité, collection Terres de France, 2016.
Méchamment dimanche Éd. Héloïse d'Ormesson 2005
L'Ombre des voyageuses Éd. Héloïse d'Ormesson. 2006)
Les Normales saisonnières Éd. Héloïse d'Ormesson. 2007
L'Île au trésor, Coll. "Interstices", Calmann-Lévy, 2008.
Les Promeneuses sur le bord du chemin Éd. Phébus. 2009)
La Montagne des bœufs sauvages Éditions Hoëbeke, 2010.
L'Ange étrange et Marie McDo (éd. Fayard, 2010)
Maria (éd. Héloïse d'Ormesson, 2011)
Givre noir éd. la branche/Vendredi 13, 2012 (prépublication dans Télérama, juin à août 2009)
Petit éloge des saisons Éditions Françoise Bourin, 2013.
La Ville où les morts dansent toute leur vie Librairie Arthème Fayard, Ill. Manu Larcenet, 2013.
Debout dans le tonnerre, Éd. Héloïse d'Ormesson,2017.
Braves gens du Purgatoire Éd. Héloïse d'Ormesson, 2019.
Romans adaptés à la télévision et au cinéma
Les Étoiles ensevelies Coll. "Bibliothèque de l'Amitié", Éd. de l'Amitié-G.T. Rageot, 1972. (Téléfilm de Pierre Cardinal et Michèle Tournier diffusé sur la 1re chaîne française le 26 décembre 1974. Musique de Paco Ibanez)
Le Pain perdu Coll. "Grand Angle", Éditions G.P., 1974. (Téléfilm de Pierre Cardinal diffusé sur la 1re chaîne française le 30 mars 1977. Musique de Jacques Loussier)
Le Pantin immobile Coll. "Les Chemins de l'amitié n° 18, Éd. de l'Amitié-G.T. Rageot, 1976. (Téléfilm de Michel Guillet diffusé sur FR3 le 22 mai 1985.)
Fou comme l'oiseau Coll. "Les Chemins de l'amitié" n° 32, Éd. de l'Amitié-G.T. Rageot, 1980. (Téléfilm de Fabrice Cazeneuve diffusé sur antenne 2 le 22 juin 1983. Musique de Michel Portal).
L'Été en pente douce Yverdon (Suisse) : Kesselring, 1980. (Film de Gérard Krawczyk, 1987).
Récits et contes pour enfants
Les Aventures de Victor Piquelune - Amitié, 1977. - (Ma première amitié) Couv. et ill. d’Arnaud Laval.
Un Bus capricieux - Amitié, 1981. - (Ma première amitié ; 29) Ill. de Claire Nadaud.
Vincent, le chien terriblement jaune Illustrations de Dylan Pelot - Pocket, 1995. - (Kid pocket, Les grandes histoires de la vie ; J 151)
Vincent en hiver Illustrations de Dylan Pelot. - Pocket, 2000. - (Kid pocket, Les grandes histoires de la vie ; J 549)
Vincent et le canard à trois pattes Illustrations de Dylan Pelot. - Pocket, 2001. - (Kid pocket, Les grandes histoires de la vie ; J 666)
Vincent et les évadés du Zoo Illustrations de Dylan Pelot. - Pocket, 2002. - (Kid pocket, Les grandes histoires de la vie)
Vincent au cirque Illustrations de Dylan Pelot. – Pocket jeunesse, 2003. - (Kid pocket ; 1198)
Nouvelles
Sous le pseudonyme de Pierre Carbonari
Le Grand suicide, Périodique L'Impossible n° 6, décembre 1971.
L'Homme nostalgique, Périodique L'Impossible" n °7, janvier 1972.
Le Trait de génie, Périodique L'Impossible n+ 12, juin 1972.
Sous le pseudonyme de Pierre Suragne
Le Raconteur, revue de S-F Fiction n° 244, Opta, avril 1974.
Numéro sans filet, revue de S-F Fiction, n° 245, Opta, mai 1974.
Je suis la guerre, revue de S-F Fiction, n° 247, Opta, juillet 1974.
L'Assassin de Dieu, revue de S-F Fiction, n° 251, Opta, novembre 1974.
Ici, revue belge de S-F Argon, Opta, avril 1975.
Danger, ne lisez pas !, Les soleils d'Arcadie, anthologie de Daniel Walter, Opta, mai 1975.
Sables..., sables..., Dédale-1, anthologie de Henry-Luc Planchat, Marabout, 1975.
Sélection de nouvelles signées Pierre Pelot
Pionniers, Univers 06, anthologie de Yves Frémion, J'ai Lu, Opta, 1976.
Razzia de printemps, revue S-F Piranha, n° 2, Pierre de Lune, 1977.
Il y eut, ce soir-là, un orage, Planète socialiste, anthologie de Michel Jeury, Kesselring, 1977.
Un amour de vacances (avec le clair de lune, les violons, tout le bordel en somme), Retour à la terre n° 3. anthologie de Jean-Pierre Andrevon, Présence du futur, Denoël, 1977.
Nouveau-nés, Alerte ! n° 1, anthologie de Bernard Blanc, Kesselring, 1977.
Mauvaise passe, Quatre milliards de soldats Collectif n° 3, anthologie de Bernard Blanc, Kesselring, 1977.
Le Test, Alerte ! n° 3, anthologie de Bernard Blanc, Kesselring, 1978.
Bulle de savon, Pardonnez-nous vos enfances, Anthologie de Denis Guiot, Présence du futur, Denoël, 1978.
L'Amidéal, revue de S-F Fiction n° 292, Opta, juillet-août 1978.
L'Assassin de Dieu, Recueil de dix nouvelles publié sous la direction de Claude Ecken, Encrage Destination Crépuscule, 1998.
Le Long Voyage de Soleil-Fleur et Griffue Fantasy : Dix-huit grands récits de merveilleux, anthologie de Henri Loevenbruck & Alain Névant, Fleuve noir, 1998