>> Toutes les rubriques <<
· Discussion (473)
· Poésies (203)
· Mes ballades (83)
· MUSIQUE (112)
· UN PEU DE CORSE, la langue d'ici (40)
· HANDICAP (13)
· MAXIMES,REFLEXIONS (33)
· PHOTOS (17)
· Dansons,dansons, (23)
· Blagues (16)
· RANDONNÉE CORSE – POZZI DE BASTELICA
· POESIE de mon pays
· La Conspiration de l'ombre
· Dardanus.
· La Traversée des temps - Paradis perdus
· POESIE d'été
· Les glacières de Cardo et de Ville-di-Pietrabugno
· OLMO
· Rando:Cima di e Follicie
· LA PANTHÈRE DES NEIGES.SYLVAIN TESSON
· Avant elle
· VENISE!!
· Vie pour Vie
· Randonnée chemin du littoral ou sentier des douaniers.
· le petit pont génois
angebot bereit schnell
hallo,
ungl aublich, aber wahr, es gibt zu viele betrügereien über kreditangebot
Par Sabine, le 08.02.2022
comment ne pas aimer la corse !
Par Anonyme, le 20.07.2021
bonjour,
me rci pour ce relais...
nou s connaissons-no us peut-être?
bien à vous.
hugue s simard
Par Anonyme, le 03.05.2021
et comme toujours pas un mot sur la seule cause à la base de la catastrophe climatique : la surpopulation, jam
Par anonyme, le 22.04.2021
donat nonnotte; donatien nonnotte, né le 10 février 1708 à besançon et mort le 5 février 1785 à lyon, est un p
Par Anonyme, le 14.03.2021
sourire sur vie moi place nuit musique course chevaux france monde cheval homme trot fond coup société photos histoire bonjour demain poulain animal enfant centre pouvoir gagnant france
Abonnement au blog
Date de création : 16.06.2010
Dernière mise à jour :
01.08.2024
1173 articles
Genre : Mémoires et autobiographies
Parution : 06-02-2020
Résumé;
«C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m’évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir, comme sorti d’un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie.»
C’est l’aube… enfin ! Dans le barn, je les entends tout autour. Ils s’étirent un à un, lâchent des soupirs résignés.
Ça tousse et pète comme une chambrée qui s’éveille.
Dehors, le chant des oiseaux, timide, par intermittence.
Il est allongé là, nu sur les copeaux, tout éteint, sa tête sur mes genoux, mes doigts sans vie sur son chanfrein et son œil qui ne me voit plus. Il est parti… Encore un, parti… Ils sont tous partis, comme on s’endort, sans peur… Et moi je reste.
Encore un peu et je m’en irai, et la mémoire avec.
Allez ! Il faut dire… Les dire… Tous. Les dire pour que le temps n’avale pas leurs noms, en découdre avec ma mémoire, réveiller ce champ de bataille, ce charnier que les jours absorbent.
Je dois les faire revenir en moi, revivre seul à seul, pas à pas ce que nous avons vécu, pour qu’ils se dressent à nouveau, qu’ils dansent encore un peu. Un carrousel de mortsvivants… Le dernier tour de piste.
« Musique, lumière !
..............................................................................
L’école buissonnière
— Gaffe à toi mon gars ! s’écrie le driver en sautant prestement sur le siège de son sulky, alors que son cheval s’élance au trot, projetant à terre mes dix-neuf ans.
Le coup passa si près que le chapeau tomba .
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.
Pourquoi cette strophe de Victor Hugo me traverse-t‑elle l’esprit, juste maintenant, le cul par terre, en regardant s’éloigner l’attelage trottinant ? Peut-être est-ce le seul fragment qu’il me reste en mémoire d’un bac péniblement extorqué lors du rattrapage de septembre, à cause de, ou grâce à, la
brutale rencontre d’un camion et de ma mobylette.
Ce bac acquis par miracle fut une délivrance, suivie d’une amnésie libératrice – mais là, je la revois, la scène, comme si j’y étais. Dans cette classe du lycée Paul-Doumer de Courbevoie, je m’étais levé et avais déclaré tout de go au professeur médusé que ce Victor Hugo ne connaissait rien
aux chevaux car, non, il est impossible à un cheval de faire un écart en arrière !
Il est six heures trente ce matin de janvier et me voilà le cul mouillé, traversant la cour du centre d’entraînement de Grosbois. Ça s’affaire autour des chevaux, machines à trotter aux naseaux dilatés et qui fument de partout. Ça sent l’alcool camphré et la sueur, à grands coups d’eau on rince
bêtes et sulkys.
— Alfred ? Il est au bureau.
On me montre du doigt une porte entrouverte au fond de la cour.
Le bureau, une pièce vide d’âme ; un évier et une machine à café, quelques tasses, une boîte de sucres et, sur le mur, des photos de trotteurs passant en vainqueurs le poteau
d’arrivée, tous casaque grise, toque et brassard jaunes.
Enfin, le bruit d’une chasse d’eau, un pet sonore et voilà une porte qui s’ouvre.
Face à moi, rajustant son pantalon tant bien que mal sous sa bedaine, monsieur Alfred Lefevre, l’homme aux mille chevaux, le plus gros maquignon de France.
— Bonjour jeune homme, vous venez pour le cheval ?
— Hidalgo… Oui.
— Vous avez l’argent ?
Je lui tends mon enveloppe, qu’il ouvre négligemment.
— On avait dit combien déjà ?
— Mille deux cents francs, m’sieur.
— C’est un bon cheval, vous savez.
Tout en comptant, il sépare les billets en trois petites liasses qu’il plie en deux et glisse dans un imposant portefeuille sorti de la poche arrière de son pantalon. Après avoir
remis le cuir en place, il me tend la main, une énorme main
que je m’empresse de serrer et qui, à ma grande surprise, ne manque pas de douceur.
Cette poignée de main, je m’en souviens encore.
— Le cheval est à vous, jeune homme. Je préviens la SEP(1), vous pourrez le récupérer demain.
Voilà, je viens d’acheter mon premier cheval !
Jamais jusqu’alors je n’avais attaché d’importance à la possession d’un cheval. Pas les moyens. Pour moi, l’animal que je montais ou soignais était le mien, et peu importait
son véritable propriétaire. C’était d’abord un nom. Un nom sur une fiche de carton disposé face au mien sur un tableau et que je découvrais à l’aube, ma selle sous le bras, dans le pigeonnier de la célèbre écurie du maître entraîneur André Adele. Un nom parmi presque deux cents autres, répartis
en trois cours à l’entrée de Maisons-Laffitte, et qui n’étaient pas affichés sur les portes.
Une fois son box trouvé, j’allais me présenter à lui, le bouchonner en tentant d’évaluer son caractère. Après lui avoir curé les pieds, je le sellais et, une fois dans la cour, on me hissait sur son dos. Alors là, oui, c’était bien mon cheval, le mien pour un matin au moins, mon guy !, celui
que j’allais « galoper » et « sauter » au premier lot sur les pistes d’Achères. Tous ces pur-sang qui m’étaient attribués le matin comme en course n’étaient pour moi que des sensations, sensations de vitesse, de puissance et d’agilité ; je ne connaissais d’eux que la joie d’aller jusqu’au poteau.
Mais là, maintenant, c’est une autre histoire, l’histoire de ma vie. Partir à l’aventure sur les routes avec un cheval dans ses bagages, c’est d’un coup la prendre, la vie, à brasle-corps, avec son cortège de folies, d’inconnu, mais aussi d’angoisses et de responsabilités.
1. Société d’équitation de Paris.
Je viens d’adopter un enfant de six cents kilos : ce solide
animal aux origines plus ou moins espagnoles, à la robe isabelle et au regard si doux se nomme Hidalgo !
Hidalgo, un nom prédestiné pour colporter la genèse d’une vie don quichottesque.
Caravane attelée, permis poids lourd en poche, j’embarque mon destrier dans un camion de fortune, et pars rejoindre mes compagnons d’infortune, dans un village
dont je ne veux pas me rappeler le nom…
Il faut au poulain trois minutes pour se tenir sur ses
jambes. Un homme, lui, parvient à peine à marcher à un an
passé. Du haut de ses dix ans, c’est lui le maître cheval qui
prend en charge mon débourrage.
Il me fait comprendre ses peurs, la brutale exigence de
son corps massif et pourtant si fragile. J’apprends à trouver
sa nourriture, à courir les scieries à la recherche de copeaux
pour l’héberger dans les règles, à le soigner, à le conduire
partout sans crainte, à ne dormir que d’un œil, à redouter
la plainte qui m’appelle, celle qui me fait bondir la nuit
hors de ma caravane, le sang d’angoisse et le nœud au ventre.
Oui, je dois respecter ses horaires et ses humeurs, devancer ses craintes pour pouvoir les apaiser d’abord, observer, anticiper ; il m’apprend à penser cheval. Et puis, il me faut
à mon tour l’initier à son nouveau métier, nous bâtir un répertoire.
C’est un apprentissage par effraction. Nous devenons des braqueurs d’espaces publics ; les parcs et leurs pelouses immaculées, les terrains de foot de village ou les boulodromes en tapissette, tous sont nos aires de jeu, violées en catimini, sous le regard bienveillant et curieux des passants,
puis sous la vindicte des cons qui en général précèdent l’arrivée de la force publique !
Fuite au galop sans pourparlers. Battre en retraite, toujours, mais en gagnant chaque fois un peu de ce qui n’appartiendra qu’à nous. Nous nous construisons à la Bonnie and Clyde, sans calcul ni limite, à corps perdu.
Ce soir, dans le calme d’une halte, bercé par le chant des grenouilles, devant notre convoi installé pour la nuit, je le regarde décapiter goulûment l’herbe qui s’offre à lui. Cette
vision bucolique apaise la tempête qui m’agite à l’intérieur. Parfois, il s’interrompt, relève la tête et me fixe, résigné. Il y a dans son regard de la compassion, celle des chevaux qui voient les pauvres hommes aller d’une comédie à l’autre.
Nous voici maintenant, d’un même élan tonitruant,
déboulant place de l’Horloge. Éclairs sur le pavé. Debout sur son galop, crête au vent et lèvres noires, j’éructe en « scovatch », un poulet égorgé en étendard. Le maître des chevaux, le maître des rats et leurs complices s’inventent un dialecte et assènent leur provocation amoureuse à un public
médusé. Parades de légende pour un festival d’Avignon alors à son zénith.
Il y avait tant de rage, tant d’amour à cracher ainsi à la face de ce que nous pensions être le monde.
« Moi je sais qui je suis », dit Don Quichotte.
BIO...............
Clément Marty, connu sous son nom de scène Bartabas, né le 2 juin 1957 à Boulogne-Billancourt1, est un écuyer, metteur en scène, scénographe, réalisateur et pédagogue français, fondateur du Théâtre équestre Zingaro en 1984. En 2003, il a créé l'Académie du spectacle équestre de Versailles.